Du 6 au 10 juillet 2026, l’Académie Spatiale d’Île-de-France a organisé à l’Abbaye de Royaumont la première édition de son école d’été à destination des professionnel·les : la Space Executive School. Il s’agit d’un programme résidentiel de formation continue réunissant pendant cinq jours une trentaine d’auditeur·ices et d’intervenant·es issus de la recherche, de l’industrie, des institutions publiques et de la société civile.

La Space Executive School de l’Académie Spatiale d’Île-de-France a été reconnue comme premier événement satellite du Sommet International du Spatial – International Space Summit Paris 2026, organisé à Paris les 9 et 10 septembre 2026 sous l’égide de la Présidence de la République.

Cette reconnaissance inscrit les réflexions conduites pendant cinq jours à l’Abbaye de Royaumont dans une séquence internationale plus large consacrée à l’avenir du spatial. En réunissant en amont scientifiques, industriels, responsables publics et société civile autour des conditions d’un développement spatial soutenable, la Space Executive School contribue à faire émerger des questionnements qui rejoignent directement les ambitions du Sommet : penser un espace innovant et ambitieux, mais également sûr, durable, accessible et gouverné collectivement.

La première promotion de la Space Executive School ouvre ainsi une réflexion appelée à se poursuivre : de Royaumont au Sommet International du Spatial, comment construire collectivement les conditions d’une ambition spatiale à la hauteur des défis du XXIe siècle ?

Thématique 2026

Cette première édition portera sur « un spatial raisonnable pour un monde en crise climatique ». La reflexion portera notamment sur :

  • L’impact climatique du secteur spatial (lanceurs, constellations, infrastructures, segment sol)
  • La soutenabilité environnementale des modèles industriels
  • Les arbitrages entre souveraineté, innovation et responsabilité
  • Les modèles économiques du NewSpace
  • La régulation nationale et internationale

L’objectif est de ne pas se limiter à la durabilité permise par les données spatiales, mais d’interroger la durabilité du secteur spatial lui-même.

Un programme structuré et exigeant

La semaine combinera conférences stratégiques, tables rondes thématiques, discussions en petit format et débats critiques. Deux temps forts structureront également la semaine :

  • Une visite industrielle : Une visite de site en Île-de-France permettra d’ancrer la réflexion dans les réalités opérationnelles et industrielles du secteur spatial.
  • Un débat éthique structuré : un débat contradictoire sera organisé autour des limites, responsabilités et dilemmes du développement spatial dans un contexte de crise climatique.

Rétrospective de l’édition #1

Liste des orateurs et oratrices 2026 en bas de page


Cette première édition était consacrée à une question appelée à devenir structurante pour l’avenir du secteur : comment concilier les ambitions scientifiques, industrielles et stratégiques du spatial avec les contraintes environnementales, climatiques et sociétales du XXIe siècle ?

Thématique 2026 : Un spatial raisonnable pour un monde en crise climatique

Sous le thème « Un spatial raisonnable pour un monde en crise climatique », la semaine a été conçue non comme une succession de conférences, mais comme un parcours : partir de la connaissance scientifique des impacts, confronter les différentes visions du développement spatial, puis interroger les arbitrages industriels, politiques et éthiques qu’implique sa soutenabilité.

Le choix d’un format résidentiel en vase clos a constitué une composante essentielle de cette démarche. Conférences et tables rondes ont ainsi été prolongées par les repas, les débats, les présentations des auditeur·ices et de nombreux échanges informels entre des communautés professionnelles qui disposent rarement de cinq jours pour confronter leurs approches.


Lundi 6 juillet 2026
Observer et explorer sans perdre de vue les environnements que nous transformons

La première journée a permis d’aborder les relations entre espace et environnement à plusieurs échelles.
Cathy Clerbaux, directrice de recherche CNRS au LATMOS / IPSL, a ouvert l’école sur la surveillance de l’atmosphère par satellite, rappelant le rôle essentiel des infrastructures spatiales dans la connaissance du changement global. Ce rôle d’observation a été mis en regard des transformations que l’activité spatiale produit elle-même. Philippe Zarka, astronome à l’Observatoire de Paris – PSL, a présenté les conséquences de la multiplication des constellations de satellites pour la radioastronomie et, plus largement, les enjeux liés à la préservation du ciel comme environnement scientifique.

La réflexion s’est ensuite déplacée au-delà de l’orbite terrestre. Andreas Hein, professeur à l’Université du Luxembourg, a proposé une analyse technico-économique et environnementale de l’exploitation des ressources des astéroïdes, tandis qu’Athena Coustenis, directrice de recherche CNRS au LIRA – Observatoire de Paris, a abordé la protection planétaire et les conséquences de l’exploration sur les environnements extraterrestres.

De l’observation de l’atmosphère terrestre à la protection d’autres corps célestes, cette première journée a ainsi posé une tension qui allait traverser toute la semaine : le spatial constitue un outil exceptionnel de connaissance des environnements, mais son développement nous oblige également à réfléchir aux environnements qu’il transforme.


Mardi 7 juillet 2026
Penser l’empreinte du spatial comme un système

La deuxième journée a ramené la réflexion sur Terre, vers des impacts parfois moins visibles de l’activité spatiale.

Claire Elß, présidente et Regional Manager de Cosmos for Humanity, a consacré son intervention aux infrastructures au sol, présentées comme un angle encore insuffisamment considéré de l’empreinte environnementale du secteur mais également comme un potentiel levier de transformation.

Didier Hauglustaine, directeur de recherche CNRS au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE), a ensuite analysé les conséquences des lancements et des rentrées de satellites sur la composition chimique de l’atmosphère et le climat.

Les deux interventions ont permis d’élargir la notion même d’empreinte spatiale : celle-ci ne commence pas avec la mise en orbite d’un satellite et ne s’arrête pas à sa fin de mission. Infrastructures terrestres, lancements, atmosphère, opérations orbitales et fin de vie appartiennent à un même système.

Une partie de la journée a également été confiée aux auditeur·ices de l’Executive School, invité·es à présenter leurs propres recherches, projets, initiatives et expériences professionnelles. Ces contributions ont permis d’introduire dans le programme les expertises de la première promotion et de faire de celle-ci une communauté active de réflexion, et non uniquement un public de formation.


Mercredi 8 juillet 2026
Confronter climat, exploration, industrie et décision publique

Le mercredi 8 juillet a constitué le cœur stratégique de la semaine. Les auditeur·ices ont d’abord quitté Royaumont pour participer collectivement aux Assises du NewSpace à Paris, confrontant ainsi les réflexions engagées depuis le lundi aux transformations économiques et industrielles actuellement à l’œuvre dans le secteur.

De retour à Royaumont, Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA, membre de l’Académie des sciences et du Haut Conseil pour le climat, a dressé un état des lieux du changement climatique, de l’influence humaine et des enjeux du Global Climate Observing System. François Forget, directeur de recherche au Laboratoire de Météorologie Dynamique, membre de l’Académie des sciences et du Comité des programmes scientifiques du CNES, a prolongé cette réflexion par la planétologie comparée, les climats planétaires et les mécanismes d’effet de serre.

Le dialogue entre ces deux approches a replacé le spatial dans une relation particulière à la Terre : observer notre planète depuis l’espace et comprendre les climats d’autres mondes contribuent aussi à mesurer la singularité et la vulnérabilité du système terrestre.

La soirée s’est poursuivie avec une grande table ronde consacrée à la construction d’un « win-win-win spatial » entre environnement et exploration, croissance et ambition, gouvernance et régulation. Elle a réuni :
> Arnaud Saint-Martin, député et membre de l’OPECST ;
> Vanina Paoli-Gagin (en visio), sénatrice, membre de la commission des finances et rapporteure des crédits de la Mission Recherche et Enseignement ;
> Olivier de la Bourdonnaye, Chief Strategy and Future Programs Officer de The Exploration Company ;
> Yvan Baillion, Civilian Business and Programs Director de Thales Alenia Space ;
> François Forget et Valérie Masson-Delmotte.

Cette confrontation entre recherche, climat, industrie et représentation nationale a permis de déplacer la discussion de la seule identification des impacts vers la question des arbitrages : quelles ambitions spatiales poursuivre ? Quels coûts sommes-nous collectivement prêts à accepter ? Quels bénéfices justifient ces impacts ? Quelle responsabilité attribuer aux différents acteurs ? Et quel rôle la puissance publique doit-elle jouer dans leur régulation ?


Jeudi 9 juillet 2026
De l’innovation technologique à la responsabilité collective

La quatrième journée a interrogé plus directement la place de la technologie dans la réponse aux défis environnementaux.

Yvan Baillion, de Thales Alenia Space, a présenté les perspectives de développement de data centers dans l’espace, leur faisabilité et leurs intérêts potentiels. Cette prospective technologique a été directement mise en tension par Jason Feldman, Chief Engineer du Earth Systematic Missions Program Office au Jet Propulsion Laboratory – NASA/JPL, à travers une réflexion sur la “Chimera of Technological Solutions as Panacea for Environmental Problems”. Son intervention invitait à distinguer les innovations capables de répondre effectivement à un problème environnemental de celles qui risquent surtout d’en déplacer les conséquences. Pierre Omaly, Senior Expert chez Astroscale, a ensuite abordé la question des débris orbitaux sous un angle juridique et opérationnel : « Et si les débris étaient des biens abandonnés ? » Une interrogation qui touche directement à la capacité collective d’agir lorsque propriété, responsabilité et nécessité environnementale ne coïncident pas. Enfin, Jacques Arnould, expert éthique au CNES, a proposé de renverser la perspective en demandant dans quelle mesure l’exploration spatiale pouvait elle-même constituer une source d’inspiration pour affronter les défis terrestres.

La réflexion s’est prolongée tard dans la soirée avec Anna Hurova, ENS / CNRS / National Academy of Sciences of Ukraine, représentant la Chaire Espace de l’ENS, qui a animé une session du serious game Sustainable Space. Pendant plusieurs heures, les auditeur·ices ont été placé·es en situation de négocier, décider et arbitrer entre des intérêts parfois contradictoires. Le jeu, commencé à 21h, s’est poursuivi jusqu’à minuit, avant un débriefing jusqu’à 00h30.

Après plusieurs journées consacrées à l’analyse, il s’agissait cette fois d’expérimenter une difficulté centrale de la gouvernance spatiale : comment prendre collectivement des décisions lorsque les bénéfices, les risques, les ressources et les responsabilités sont distribués entre une pluralité d’acteurs ?


Vendredi 10 juillet 2026
Des limites planétaires aux transformations du secteur

La dernière journée a cherché à faire converger les différentes échelles abordées pendant la semaine.

Laurence Monnoyer-Smith, directrice de la délégation au Développement durable du CNES, a posé directement la question de la compatibilité de l’activité spatiale avec les limites planétaires. Thomas Marceau, Head of Sustainability and Corporate Support d’ArianeGroup, a apporté le regard industriel à cette interrogation à travers la stratégie de durabilité du groupe et les démarches d’écoconception appliquées aux lanceurs.

La table ronde de clôture, consacrée à une approche durable de l’utilisation de l’espace, a réuni le général Philippe Adam, ancien commandant de l’Espace de l’Armée de l’Air et de l’Espace ; Jürgen Knödsleder, directeur de recherche au CNRS / IRAP ; Thomas Marceau, ArianeGroup ; Laurence Monnoyer-Smith, CNES ; et Agwilh Collet, coordinateur des actions environnementales au CNES. Elle a permis une dernière confrontation entre impératifs stratégiques, connaissance scientifique, politiques de soutenabilité et transformation industrielle.

Une seconde session de présentations des auditeur·ices a ensuite complété la journée, avant les mots de clôture du général Philippe Adam et de Philippe Lognonné, professeur à Université Paris Cité et à l’Institut de Physique du Globe de Paris, directeur scientifique de l’Académie Spatiale d’Île-de-France.


Atmosphère, radioastronomie, ressources extraterrestres, protection planétaire, infrastructures au sol, lancements, climat, NewSpace, planétologie, data centers spatiaux, débris orbitaux, éthique, limites planétaires, écoconception, souveraineté et régulation : la diversité des sujets abordés reflétait volontairement la complexité de la question posée.

La première Space Executive School n’avait pas vocation à produire une définition unique du « spatial raisonnable ». Elle cherchait plutôt à créer les conditions permettant à des acteurs qui ne raisonnent ni aux mêmes échelles, ni avec les mêmes contraintes, ni avec les mêmes responsabilités de confronter leurs analyses.

Un constat traverse néanmoins ces cinq jours : la soutenabilité du spatial ne peut être traitée comme une question exclusivement environnementale ou technologique. Elle engage simultanément nos choix scientifiques, industriels, économiques, stratégiques et politiques.

L’enjeu n’est donc pas uniquement de déterminer ce que nous sommes capables de faire dans l’espace, mais ce que nous souhaitons y faire, pourquoi, selon quelles priorités et dans quelles limites.


Orateurs et oratrices 2026

Présentations
  • Jacques Arnould, Expert Ethique au CNES
    → « L’exploration de l’espace, une inspiration pour affronter les défis terrestres »
  • Yvan Baillion, Civilian Business and Programs Director – Thales Alenia Space
    → « Developement of data centers in Space: feasibility and interest / Développement de data centers dans l’Espace : faisabilité et intérêts »
  • Cathy Clerbaux, physicienne et directrice de recherche CNRS – LATMOS / IPSL
    → « Surveillance de l’atmosphère par satellite »
  • Athena Coustenis, Directrice de recherche CNRS – LIRA / Observatoire de Paris
    → « Protection planétaire et impacts de l’exploration spatiale sur les environnements planétaires »
  • Claire Elss, Présidente et Regional Manager – Cosmos for Humanity
    → « Infrastructures sol du spatial : un angle mort de l’impact environnemental à transformer en levier de durabilité »
  • Jason Feldman, Chief Engineer, Earth Systematic Missions Program Office – JPL
    → « The Chimera of Technological Solutions as Panacaea for Environmental Problems »
  • François Forget, Directeur de recherche – LMD / Membre de l’Académie des sciences / Membre du Comité des Programmes Scientifique du CNES
    → « Planétologie comparée, climats et effet de serre »
  • Didier Hauglustaine, Directeur de recherche CNRS – LSCE
    → « Impact des lancements spatiaux et des rentrées de satellites sur la composition chimique de l’atmosphère et le climat »
  • Andreas Hein, Professeur, Université du Luxembourg
    → « A Techno-Economic and Environmental Analysis of Asteroid Mining »
  • Thomas Marceau, Head of Sustainability and Corporate Support – ArianeGroup
    → « ArianeGroup : stratégie de durabilité et éco-conception des lanceurs »
  • Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA et Académie des Sciences, membre du Haut Conseil pour le climat
    → « États des lieux du changement climatique et de l’influence humaine et enjeux du Global Climate Observing System »
  • Laurence Monnoyer-Smith, Directrice de la délégation au développement durable du CNES
    → « L’activité spatiale est-elle compatible avec les limites planétaires ? »
  • Pierre Omaly, Senior Expert – Astroscale
    → « Et si les débris étaient des biens abandonnés ? »
  • Stéphanie Ruphy, Professeur de Philosophie à l’ENS et directrice de la Chaire Espace
  • Philippe Zarka, Astronome – Observatoire de Paris
    → « Impact des constellations de satellites en radioastronomie / Impact of satellite constellations in radio astronomy »
Tables rondes

Construire un win-win-win spatial entre environnement/exploration, croissante/ambition et gouvernance/régulation

  • Yvan Baillion, Civilian Business and Programs Director – Thales Alenia Space (à confirmer)
  • Olivier de la Bourdonnaye, Chief Strategy and Future Programs Officer – The Exploration company
  • François Forget, Directeur de recherche – LMD / Membre de l’Académie des sciences / Membre du Comité des Programmes Scientifique du CNES
  • Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA et Académie des Sciences, membre du Haut Conseil pour le climat
  • Vanina Paoli-Gagin, Senateur, membre de la commission des finances, Rapporteur des crédits de la Mission Recherche et Enseignement
  • Arnaud Saint Martin, Député, membre de l’OPECST/Member of the French National Assembly and of the French Office of Sciences and technology choices

Vers une approche durable de l’utilisation de l’espace (titre à confirmer)

  • Agwilh Collet, Coordinateur des actions environnementales au CNES
  • Général Philippe Adam, ancien commandant de l’Espace – Armée de l’Air et de l’Espace
  • Jürgen Knödlseder, Directeur de recherche au CNES – IRAP
  • Thomas Marceau, Head of Sustainability and Corporate Support – ArianeGroup
  • Laurence Monnoyer-Smith, Directrice de la délégation au développement durable du CNES